La santé physique fait naturellement partie de nos préoccupations quotidiennes. Une douleur apparaît, notre corps change, une maladie survient… et notre attention est immédiatement attirée.
La santé mentale, elle, se fait souvent plus discrète. Intuitivement, nous y prêtons moins attention.
Pourtant, elle aussi nous envoie des signes. Par le corps parfois, par nos pensées ou nos émotions à d’autres moments : sommeil perturbé, fatigue émotionnelle, baisse de moral, irritabilité, perte de motivation, surmenage…
Autant de signes que l’on banalise, que l’on repousse ou que l’on finit simplement par ignorer.
Et pourtant, eux aussi méritent notre attention.
La santé mentale mérite autant d’attention que la santé physique, notamment parce qu’elle influence presque toutes les dimensions de notre vie : notre manière de penser, de ressentir, de prendre des décisions, de travailler, d’entretenir nos relations et même de prendre soin de notre corps.
Prêter attention à sa santé mentale ne signifie pas attendre d’avoir un trouble psychologique diagnostiqué. C’est aussi remarquer les changements : une fatigue qui ne passe pas, une irritabilité inhabituelle, une perte d’intérêt, des difficultés de concentration, un sommeil perturbé, une anxiété persistante, le sentiment d’être constamment dépassé. Pris isolément, ces signes peuvent être ordinaires. Lorsqu’ils persistent ou commencent à gêner la vie quotidienne, ils méritent davantage d’attention.
Ce qui rend la santé mentale particulière, c’est qu’on peut parfois continuer à « fonctionner » extérieurement tout en allant mal intérieurement. Quelqu’un peut travailler, étudier, plaisanter avec ses proches et pourtant être profondément anxieux, épuisé ou déprimé. La souffrance psychique n'est donc pas toujours visible.
Pourquoi est-elle si souvent ignorée ?
Il y a plusieurs raisons qui se renforcent les unes les autres :
- La stigmatisation. Certaines personnes craignent encore d’être considérées comme faibles, instables ou incapables si elles parlent de leurs difficultés.
- L’habituation. On peut finir par considérer un état de stress, d’anxiété ou d’épuisement permanent comme sa « normalité ».
- La difficulté à mesurer la souffrance. Une fracture apparaît sur une radiographie ; une détresse psychologique est beaucoup moins tangible.
- La pression sociale. On valorise souvent le fait de tenir, de rester productif et de continuer malgré tout. Demander de l’aide peut alors être vécu à tort comme un échec.
- Le manque de connaissances et d’accès aux soins. Tout le monde ne sait pas reconnaître les signes d'un problème, vers qui se tourner, ou n’a pas facilement accès à un professionnel.
Et il y a un paradoxe important : plus une personne va mal, moins elle peut parfois avoir l’énergie nécessaire pour chercher de l’aide. Prendre rendez-vous, expliquer ce qu’on ressent ou simplement reconnaître qu’une situation n’est plus supportable peut devenir difficile précisément au moment où cela serait le plus utile.
C’est pourquoi prendre soin de sa santé mentale peut être envisagé comme de la prévention, et pas seulement comme une réponse à une crise. Cela peut passer par le sommeil, les relations sociales, l’activité physique, des périodes de récupération, la capacité à poser certaines limites et à parler de ce que l’on traverse. Et lorsque la souffrance devient importante, persistante ou handicapante, consulter un médecin, un psychologue ou un autre professionnel de santé peut permettre de comprendre ce qui se passe et d’obtenir une aide adaptée.
Au fond, la question intéressante n’est peut-être pas seulement « Est-ce que je vais suffisamment mal pour m’en préoccuper ? », mais aussi « Comment vais-je réellement en ce moment, et qu’est-ce que cet état est en train de me coûter ? »
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